Tribune Libre de Brigitte Croisier
Respecter la vérité des lieux historiques
6 juillet 2014
Imaginons des touristes invités à prendre « la route des premiers Français » pour visiter la « grotte des premiers Français » en baie de Saint-Paul. Tiens, tiens, voilà une grotte de Lascaux sous les Tropiques ? Goscinny et Uderzo se seraient donc trompés quand ils racontent les aventures des valeureux Gaulois Astérix et Obélix résistant à l’envahisseur romain depuis leur village d’Armorique avant même le début de notre ère ?
Imaginons des touristes invités à prendre « la route des premiers Français » pour visiter la « grotte des premiers Français » en baie de Saint-Paul. Tiens, tiens, voilà une grotte de Lascaux sous les Tropiques ? Goscinny et Uderzo se seraient donc trompés quand ils racontent les aventures des valeureux Gaulois Astérix et Obélix résistant à l’envahisseur romain depuis leur village d’Armorique avant même le début de notre ère ?

- D’après une lithographie d’Antoine Roussin
Aussi, parler de « premiers Français » à Saint-Paul de La Réunion, relève d’une vision passablement désorientée de l’espace-temps et d’une lecture faussée de l’histoire-géographie. Les premiers habitants ayant été débarqués dans l’île au XVIIe siècle, ils peuvent difficilement se proclamer les « premiers Français ».
Distorsion
Ainsi, après avoir été nommée la « caverne des Portugais », ou « caverne des douze exilés », ou encore simplement « La Caverne », elle a été baptisée « Grotte des premiers Français » sous la pression du député Michel Debré qui voyait rouge à l’évocation du mot Réunionnais. Cette appellation relève d’une stratégie de pouvoir.
On a transposé dans cette île, au XVIIe siècle, l’image des premiers hommes des cavernes, alors que les matériaux et les techniques ne manquaient pas pour construire rapidement des abris artificiels plus confortables qu’une grotte sombre et humide. De plus, en dénommant « français » ces hommes et ces femmes, dont deux originaires de France et dix de… Madagascar (si on se réfère à 1663), on donnait une sorte d’origine mythique, pour ne pas dire sacrée, à un département français qui fut dès le premier début traité comme une terre d’exil pour des mutins de la Grande île voisine, puis une colonie pendant plusieurs siècles.

- Source : office du tourisme de l’ouest
Cette exigence relève du respect que l’on doit aussi bien à celles et ceux qui résident dans cette île qu’aux visiteurs de dehors. Sinon, on est dans la fable tendancieuse et le mensonge historique. On perpétue une idée fausse, on la diffuse sans vergogne, pire on la consacre en dénommant officiellement des lieux sous des appellations qui n’ont pas de raison d’être.
Brigitte Croisier


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