jeudi 13 août 1970

Document : « Maloya pour la liberté »

Document : « Maloya pour la liberté »

1er août 2014
 
 
 
 
Le film « Maloya pour la liberté » de Jacqueline Meppiel, retrace le séjour de Georges Marchais à La Réunion en avril 1979. Au-delà du propos politique, ce document, avec 35 ans de recul, témoigne d’une société réunionnaise en proie à la misère, aux injustices sociales et à l’exploitation...
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Georges Marchais et Paul Vergès à la porte d’un bidonville du Cœur Saignant au Port. Georges Marchais ne cachera pas son émotion à la vue de la misère qui règne dans ce quartier populaire.
« Maloya pour la liberté » est un film-documentaire qui nous plonge dans la société réunionnaise de la fin de la décennie 70. Nous sommes précisément en avril 1979 et l’île de La Réunion, 33 ans après avoir acquis le statut de département, offre le visage d’une société toujours régie par les schémas colonialistes.
Pourtant, l’impression générale qui se dégage de ce film est dominée par le souffle extraordinaire et puissant d’un peuple en lutte qui se débat pour survivre malgré les difficultés quotidiennes et la terrible misère qui transparaît dans certaines séquences. Un peuple dont la conscience politique est aigüe.
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Ary Yee Chong Tchi Kan lors d’une manifestation dont le mot d’ordre était "Autonomie".
Au cours de son séjour dans l’île, Georges Marchais participe à trois meetings : à Saint-Suzanne, au Port et à la Possession. L’élan populaire qui s’exprime dans ces meetings — où les sympathisants se comptent par milliers — atteint une intensité depuis rarement égalée, démontrant sans ambigüité que, 35 ans plus tard, la vie politique réunionnaise souffre d’un déficit flagrant de militantisme même si les campagnes électorales suscitent toujours beaucoup de passions.
A la rencontre des dockers, des ouvriers, des planteurs, Georges Marchais est touché par La Réunion profonde, La Réunion qui souffre. Une visite dans le quartier du Coeur Saignant au Port, entre feuilles de tôle et bois de lait, — réputé pour être alors le plus grand bidonville de l’île — le confronte à la grande misère d’une population cependant toujours digne.
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Georges Marchais au bidonville du Cœur Saignant, Le Port.
Comment ne pas ressentir une vive émotion... lorsque, à l’écran, apparaît l’intérieur d’une pauvre case sombre : un feu de bois dans un angle, quelques ustensiles de cuisine posés sur un bout de table, un vestige de lit coincé contre une cloison de tôle ondulée et rouillée...
7 Lames la Mer vous incite à visionner ce film — qui nous a été signalé par un fidèle lecteur — parce qu’il a valeur de document. Mais aussi parce qu’il nous interroge sur l’évolution de notre société qui a certes gagné en confort et modernité mais qui y a sacrifié une part de son âme. Puisse le maloya pour la liberté nous redonner un peu de ce souffle perdu.
7 Lames la Mer
Le film « Maloya pour la liberté » a été mis en ligne par le site « Ciné-Archives » qui gère le fonds audiovisuel du Parti communiste français - Mouvement ouvrier & démocratique.
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L’avenue Rico Carpaye en 1979... Le Port.
Voici le texte qui l’accompagne :
« En 1963, « Sucre amer », court métrage de Yann Le Masson, tourné lors de la première campagne électorale de Michel Debré, révélait l’existence d’une situation de type colonial à l’Île de la Réunion, « Département d’outre-mer ». Seize ans plus tard, en avril 1979, le séjour dans l’île, à l’invitation du Parti Communiste Réunionnais, de Georges Marchais, Secrétaire Général du Parti Communiste Français, est le film conducteur d’une nouvelle approche de ce pays et de ce peuple.
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La foule accueille Georges Marchais à Gillot.
Cinq jours de rencontres avec les planteurs, les ouvriers du bâtiment et des usines sucrières, les dockers, les victimes de la répression et les habitants d’un bidonville confirment la permanence et l’aggravation de la situation coloniale déjà mise en évidence dans « Sucre amer ». Mais aussi, les déclarations de personnalités religieuses et politiques, l’enthousiasme et la détermination des trois grands rassemblements populaires autour de Georges Marchais et de Paul Vergès, Secrétaire Général du Parti Communiste Réunionnais, expriment la profonde volonté de changement de tout un peuple » (extrait du dossier de presse).
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Georges Marchais et Paul Vergès arrivent au marché couvert du Port pour un meeting.
Avec le « Séga », le « Maloya » est le genre musical majeur de La Réunion qui se caractérise par un rythme ternaire de percussions. Le mot « maloya » viendrait du malgache « maloy aho », « maloy » signifiant « parler, dégoiser, dire ce que l’on a à dire ». Comme le blues américain, le maloya est un chant de complainte chanté à l’origine par les esclaves ayant le mal du pays ou se plaignant des mauvais traitements infligés par leur maître.
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Interview de Christian Fontaine et René Payet, prêtres engagés et militants à "Témoignage Chrétien de La Réunion".
Considéré comme subversif, il fut longtemps interdit par les autorités coloniales françaises de l’île de La Réunion. Le Maloya est une musique fortement enracinée dans la tradition culturelle réunionnaise, mais on le retrouve aussi à Madagascar et dans plusieurs pays de l’Afrique centrale de l’Est.
Réalisation : Jacqueline Meppiel. Production : Unicité. Image : Michel Bonne. Son : Jean-Louis Ughetto. Montage : Catherine Renault et Agnès Vaurigeaud
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Julien Ramin, entre religion et militantisme.

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Paul Vergès plaidait pour un statut d’autonomie démocratique et populaire dans le cadre de la république française.

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Paul Vergès et Georges Marchais rencontrent les planteurs, en présence d’Angelo Lauret.

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Georges Marchais : "Paul Vergès est interdit à la radio... C’est un scandale !"

mercredi 12 août 1970

Séga-maloya : la « symphonie sauvage »

Séga-maloya : la « symphonie sauvage »

26 octobre 2013
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
La « symphonie sauvage » est une expression utilisée en 1883 dans l’Album de La Réunion dirigé par Antoine Roussin pour décrire une scène qu’aujourd’hui on appelle familièrement : kabar. « 7 Lames la Mer » vous propose un recueil de quatre textes qui témoignent de l’acharnement dont ont été victimes le séga, le maloya et le séga-maloya... jusqu’à ce qu’un « choc » se produise. Les termes parfois utilisés en disent long sur le chemin parcouru : primitif, civilisé, infernal, émanations sauvages, contorsions, mouvements lascifs, rondes de sorciers...
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Ci-dessus : A gauche, "Séga créole" (Antoine Roussin, 1881). Où sont donc les amples jupes à fleurs devenues la figure imposée, manière doudouïste et "carte postale", censée coller aux clichés réducteurs — pour ne pas dire "trompeurs" — d’un séga dévoué (dévoyé ?) aux fantasmes de touristes en mal d’exotisme ?
A droite, extrait d’une pochette de disque : "Dansez le quadrille, dansez le séga, Loulou Pitou et son orchestre".
Ci-dessous : à gauche, joueur de roulèr par Jean-Claude Legros (1961).
A droite, pub pour un magasin de chaussures (1987).
Du fénoir des champs de cannes... aux spots médiatiques (papillons la lampe...) ! En 1987, la pub s’empare du maloya, ici pour la promotion d’un magasin de chaussures (voir photo ci-dessus). La blondeur flamboyante de la fille chevauchant le roulèr, sa pose « lascive » (terme récurrent des descriptions d’époque au sujet de la « danse des cafres ») plus que suggestive et l’ambiance « jeunesse dorée » qui émane de l’ensemble tranchent singulièrement avec l’image « sulfureuse » auparavant associée au maloya (voir textes ci-dessous).
Cette pub marque une rupture sans équivoque : ainsi dépouillé de sa charge sacrée, de son cérémonial, de ses rituels liés au culte des ancêtres, détourné de sa dimension de résistance et militante, le maloya « civilisé » (pour reprendre une expression utilisée à plusieurs reprises dans les textes ci-dessous) exhibe désormais un savant dosage de sensualité chic et de glamour, propre à appâter le touriste, et se transforme en produit d’appel paré des attributs — faux semblants — de l’authenticité sans les scories « dérangeantes » de la contestation identitaire et sociale.
Le slogan « le rythme de la mode » suggère ouvertement que le maloya incarne désormais « le rythme à la mode ». Devenu « fréquentable » et emblématique, le maloya occupe ainsi le devant de la scène branchée, reléguant son cousin séga au statut de « musique ringarde ». Il entre à l’UNESCO en 2009 ; le séga reste à la porte ! Comme un pied de nez à l’époque où le séga entrait dans les salons tandis que le maloya était cantonné dans les camps et les champs de cannes. Qu’importe, le séga gagne en audience et devient de plus en plus fédérateur dans les milieux populaires, même si cet engouement ne se traduit pas par le reniement du maloya.
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Les deux premiers disques de maloya, enregistrés en 1976, à l’occasion du 4ème congrès du Parti Communiste Réunionnais. Firmin Viry, la troupe Résistance, la troupe René Viry et la troupe Gaston Hoareau signent ces enregistrements historiques sur lesquels apparaît un certain "Daniel Hoareau"...
Les textes d’époque — révélateurs d’une société esclavagiste, colonialiste et dominée par les clivages raciaux et sociaux — délivrent sans ambigüité les sources du « malentendu » : « Les airs publiés par l’Album de La Réunion sous forme de quadrille paraissent appartenir à la musique européenne, écrit un certain « F.A. », en 1883. Ils nous semblent n’avoir revêtu un caractère d’originalité exotique qu’à la suite des modifications que leur ont fait subir instinctivement, depuis nombre d’années, ceux qui les ont appropriés à l’usage de la danse ». Histoire de fusion donc même si l’exotisme dont il est question là découle en l’occurrence d’une « vision inversée », le point de vue émanant d’un observateur aux références européennes.
Du séga originel sont nées deux formes artistiques et populaires. L’une, ancrée dans la dimension sacrée, dans la pratique familiale et de « cour », prend pour nom « maloya ». L’autre s’occidentalise, au frottement de styles musicaux et de danses tels le quadrille, le scottish, etc. et garde le nom de « séga ». Deux versants pour une même source donc. Il était d’ailleurs courant, dans les années 50/70, de voir l’inscription « séga-maloya » orner les pochettes des 45 tours de la production discographique locale.
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Image extraite d’une vieille carte postale...
Le renversement des valeurs qui s’est opéré est pourtant radical : le maloya, pratique populaire, estampillé « interdit », voué à l’ombre hier ; aujourd’hui, le séga, genre populaire, peu prisé — voire méprisé — des milieux branchés, tenu à l’écart des « scènes prestigieuses », même si certaines expériences sont actuellement menées dans le sens d’un ré-équilibrage. La scène réunionnaise compte évidemment des figures emblématiques qui s’emploient, ici comme à l’international, à faire vivre le maloya, voire à le faire évoluer. Cependant, on remarque au sein de la nouvelle génération d’artistes engagés — qui revendique l’héritage du maloya — un tournant radical vers le rap, accentuant ainsi la désertion de la fibre contestataire qui avait, un temps, caractérisé le maloya.
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
Il est une circonstance dans laquelle le cafre sort complètement de sa torpeur habituelle : c’est quand il est appelé à prendre sa part d’un séga traditionnel. Il y a peu de jours encore j’assistais à une solennité de ce genre, sans l’avoir cherché, croyez-le bien. C’était à Saint-François (…) ; il était près de minuit et, fatigué d’une longue course, je me hâtais d’arriver à mon modeste logement, quand j’aperçus au milieu du chemin une lueur rougeâtre qui, se projetant sur les grands filaos et les tiges élancées des aloès, faisaient danser dans la nuit leurs ombres gigantesques ; des tambours de timbres différents, depuis la note la plus criarde à laquelle puisse monter une peau vigoureusement tendue, jusqu’à la basse la plus profonde que puisse gronder une énorme caisse, accompagnaient l’aigre tintement d’une centaine de grelots en cuivre, formant le dessus de cette symphonie sauvage.
Les airs n’étaient pas variés, il est facile de les écrire sans notes ; quatre temps rapides et égaux, puis une pause suivie de deux coups pressés qu’une pause nouvelle sépare de la mesure suivante. Ou bien encore une succession précipitée de battements détachés trois par trois par des pauses.
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"Danse des cafres". (Antoine Roussin, 1882)
Telle était la mélodie qui me brisait déjà les oreilles à distance. En m’approchant, je reconnus que cet orchestre en plein air accompagnait un chant, et quel chant, mon Dieu ! une mélopée monotone et nasillarde, psalmodiée par une voix seule et reprise à tue-tête par un choeur général, capable de faire bondir un sourd !
Et réglant leurs pas ou plutôt leurs poses sur ce concert infernal, une cinquantaine de démons presque nus, le buste luisant de graisse et d’une sueur aux émanations sauvages, le front ceint d’une corde où s’implantaient quelques plumes de coq fièrement redressées, se livraient à mille contorsions bizarres, les bras relevés en ailes de pingouins et le corps brusquement secoué par des mouvements lascifs d’un réalisme à faire reculer Courbet.
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On eu dit une de ces rondes de sorciers dont Goethe a su évoquer les terreurs fantastiques dans les nuits du Walpurgis. Et ce bal se donnait à deux pas de ma maisonnette ; le rhum circulait dans des tasses de coco ou des boîtes de ferblanc, et à deux heures et demi seulement je fus délivré de ce sabbat d’Afrique !! Cependant, (faut-il l’avouer ?) je ne me plains qu’à moitié car le tableau était véritablement original, et je ne me plaindrais pas du tout si j’avais su peindre ce que je voyais.
P. de Monforand
Album de La Réunion, 1883
Un dénommé Maillard, ami de P. de Monforand, écrivit « Notes sur La Réunion », ouvrage dans lequel il qualifie le cafre de « musicien remarquable » chez lequel tout est réuni : « mélodie, harmonie, accompagnement par les instruments, voix forte et juste, rythme approprié au chant, mesure irréprochable ». Seule réserve exprimée par Maillard : un peu de rudesse dans la mélodie...

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Le Séga ou T’séga désigne, soit un air ou une collection d’airs de danse, soit la danse particulière à laquelle se livrent les Cafres. Dans ce dernier cas, il consiste dans une suite de mouvements du corps et des membres, et de poses lascives et pleines parfois d’une grâce naturelle et charmante, qui témoigne de la souplesse du danseur plus que de sa science chorégraphique.
La musique et la danse interviennent sans cesse dans les diverses situations de la vie du cafre. Il danse pour adoucir les chagrins de l’exil ; il chante pour exprimer sa joie ; il chante et danse autour du cortège de la mariée ; il chante et danse en conduisant un père, une épouse, un ami au champ du repos.
La danse et le chant sont un besoin de cette nature indolente. Sans souvenoir du passé, sans souci du lendemain, préoccupé seulement de se procurer au jour le jour les quelques racines nécessaires à sa nourriture, il ne connaît pas de plus grand bonheur que de consacrer le plus de temps possible au sommeil : tel est le cafre avant que sa nature sauvage ne se soit modifiée au contact de notre civilisation.
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"Danse des noirs sur le place du gouvernement, le 20 décembre 1848, abolition de l’esclavage". (Antoine Roussin)
Le chant du cafre est monotone et triste, sa musique est presque toujours dans le mode mineur, et ses airs de danse, loin de respirer la gaîté et l’animation, sont ordinairement mélancoliques, comme empreints d’un sentiment de douleur. Quoique le rythme en soit fortement accusé, ce n’est qu’à grand renfort de bobres, de caïambes, de tam-tams, de cris aigus, etc. etc., que les danseurs parviennent à obtenir l’entrain nécessaire pour régler leurs pas en cadence.
Les airs publiés par l’Album de La Réunion sous forme de quadrille paraissent appartenir à la musique européenne. Ils nous semblent n’avoir revêtu un caractère d’originalité exotique qu’à la suite des modifications que leur ont fait subir instinctivement, depuis nombre d’années, ceux qui les ont appropriés à l’usage de la danse.
F. A.
Album de La Réunion, 1883
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Extrait d’une lithographie d’Antoine Roussin : "Le séga, danse des noirs, le dimanche, au bord de la mer, à Saint-Denis, 1860".
La séga, musique typique de l’île de La Réunion
(...) La séga, avant de se civiliser, était, à l’île Bourbon, devenue l’île de La Réunion en 1794, la danse érotique des travailleurs noirs africains qui, y débarquant avec la pauvreté de leurs hardes sur le dos, émigrèrent avec la richesses d’une épileptique musique.
Les dimanches, ces noirs de l’Afrique se réunissaient au bord de la mer et, à l’ombre des filaos chantants, se livraient à leur passion favorite : la danse. Les instruments de l’orchestre étaient des plus simples mais des plus efficaces : l’instrument mélodique était le "timbila" de Mozambique, véritable sylophone manié d’une marnière parfaite par un musicien expérimenté.
L’accompagnement était tenu par le "bobre", sorte de contrebasse comprenant, une caisse de résonance faite d’une calebasse vidée de sa substance et séchée, montée sur un long manche de bois courbé servant de support et agelement de t’ension à une corde d’aloès ou de boyau d’animal désséché.
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Le joueur de bobre et son dalon le joueur de "caïambe", sans "r" à l’époque. Photo ADR.
L’éxécutant tient l’instrument de la main qui lui convient le mieux : la calebasse visée à l’arrière du manche est tournée du côté du ventre. De l’index libre, il corrige les sonorités en le faisant glisser sur la corde frappée d’une petite baguette tenue de l’autre main. Du talon, il martèle le sol, ou le plancher afin de soutenir la mesure et aussi pour aider à tout une mimique fort appréciée des danseurs ou des auditeurs et spectateurs.
Un autre instrument de complément était le "caïambe", boite de bois très sec contenant des graines de "cascavelle", d’un arbre du même nom. Secoué en cadence de droite et de gauche, il crée un glissement des graines dont le bruit sert à rythmer le déhanchement des danseurs.
Mentionnons que, pour donner la cadence à cette danse, donc toute la saveur de la séga, deux tambours différents étaient incorporés à l’orchestre ; un tambourin attaché à la taille pendait entre les jambes du batteur se tenant debout. Les notes grèles qui s’en échappent font un genre de rouroulement. La grosse caisse était un tronc d’arbre creusé sur lequel on montait une peau de chèvre. Il sert à syncoper le rythme et à créer chez le danseur, avec le consours des reins, le geste, parfois pas trop arthodoxe, de l’érotisme. Notons que celui qui bat ce tambour le place entre ses jambes et s’assied dessus.
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A gauche, le montreur de marionnettes, Pa Benjamin, utilise un bobre (Antoine Roussin, 1884). A droite, un Malgache et son bobre (Antoine Roussin, 1882).
Sous le soleil implacable, comme le travail est dur sur l’habitation. Tous les jours se pencher — Dieu de la terre est basse — et recommencer sa peine. Qu’il serait bon après le travail sur la sucrerie de se laisser bercer, par la complainte du bobre ou de se lancer dans la frénésie de la danse, de crier sa misère ou d’implorer l’amour par la chanson. les soirées pleines de lune ou d’étoiles sont envoutantes sous les Tropiques ; le tbour résonne, convat chn à venir se griser de chants, de musique et de danses, car l’harmonie est dans l’air.
Et rou-ou-lez la séga...
Alors, sur la plantation, c’était le bal cafre qui commençait...
Emilien Albany , 9 août 1961
Publié dans « Le Rideau de cannes » n°4 (juillet 1963), pour ouvrir le débat.

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Au bal de la Croix Blanche, en 1956. (Source : "La Réunion se souvient", 1986)
Le séga maloya
Au bal organisé par l’Union Générale des Etudiants Créoles de La Réunion (UGECR), nous avons vu une présentation folklorique de « séga maloya ». Manifestement les spectateurs voyaient cela pour la première fois.
Le « caïambe » et la « cascavelle », le « bobre » lui-même intriguaient. Les rythmes et les danses rappelaient aux esprits ou évoquaient les danses d’Afrique, vues au cinéma, ou décrites dans les livres. Un spectacle étrange.
Pourtant c’était l’expression d’une partie de l’âme réunionnaise. C’était le « séga maloya » tel qu’on le danse encore, spontanément, en 1962, le samedi soir, généralement dans les camps.
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Un séga "Face A" et un maloya "Face B" pour ce disque "fabriqué" à Madagascar.
Les hommes et les femmes scandent des rythmes sauvages en créole ou en malgache ; ils dansent au son du tam-tam et des instruments auxquels nous venons de faire allusion. Leur danse se prolonge toute la nuit durant et leurs chants montent par dessus les cases du camp et les champs de cannes.
On danse le « séga maloya » à Beaufonds, à Saint-André, à Mahavel, à Saint-Pierre, au Bras-Panon, là où il y a des camps, des champs de cannes, des hommes qui conservent vivantes les traditions ancestrales de leurs pères venus peupler notre pays comme esclaves ou comme « engagés ».
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C’est donc une expressions de l’âme réunionnaise aussi valable que d’autres, que pourtant l’on ne connaît pas ; que l’on voudrait ne pas connaître aussi. La démonstration de samedi soir a provoqué un choc certainement, et fait découvrir à certains Réunionnais l’existence d’autres Réunionnais frères mais combien différents.
Paul Hoarau
Le Progrès, 4 septembre 1962, publié dans « Le Rideau de cannes » n°4 (juillet 1963), pour contribuer au débat.
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Timbre... ou caricature ?

mardi 11 août 1970

Le Roi suprême Pitré le premier des marrons de la Réunion !

Le Roi suprême Pitré le premier des marrons de la Réunion !
Publié le par Laverdure
Fin XVII éme siècle , les français qui colonisent notre pays, pratiquent la traite négrière. L'esclavage, un système d'exploitation de l'homme par l'homme , sert de rouleau compresseur pour broyer du nègre autant à la Réunion que dans les autres îles ou pays, où l'on trouve la Compagnie des Indes de Colbert , ministre de Louis XIV.
Pitré est un jeune esclave d'origine malgache , né sur la Grande île et d'ascendance royale. Déporté en captivité dans notre pays, sur un navire négrier. Voyant comment ses frères noirs se font durement traiter et n'acceptant pas cette condition misérable , le jeune homme décide de briser ses chaînes. Lui , Mathieu , Sambo et Sébastien , ses trois compagnons d'infortune, décident de s'enfuir vers les Grandes Montagnes de la Réunion. Des milices de chasseurs se mettent à leur trousse mais ils réussissent tant bien que mal à se cacher. Au vu de ce succès d'évasion , les 4 amis se donnent pour mission de libérer d'autres frères réduits à l'état d'esclaves. Ils ont néanmoins besoin de plus d'hommes pour accomplir leur projet , ils décident donc d'enrôler un cinquième protagoniste, qu'ils libèreront eux-même. C'est cette erreur qui sera fatale à Sambo, Sébastien et Mathieu , puisque ce cinquième homme n'hésitera pas à les trahir, en retournant discrètement chez son maître pour donner l'alerte. Une armée de colons tombent sur les 4 marrons , seul Pitré réussit à s'enfuir. Les 3 autres se feront exécuter publiquement , pour donner l'exemple et pour couper l'envie de liberté aux esclaves.

Pendant longtemps Pitré survit seul dans les hauts de l'île , il cultive du riz , des légumes, élève des cabris. C'est un fermier hors-pair et le temps passant les colons cessent de le pourchasser, le nombre de marrons beaucoup plus impulsifs et dangereux augmentant, l'attention se détourne de lui. Le chasseur de marron affabulateur, Mussard, déclare même apprécier Pitré , il prétend que celui-ci est baptisé. Ses paroles sont rapportés dans un des ouvrages sur les marrons de l'abolitionniste, journaliste et écrivain Eugène Dayot (1810-1852), rédacteur en chef du Quotidien "Le créole". En réalité les colons comptaient énormément sur Pitré, non pas parce qu'ils l'aimaient , mais parce qu'il était le plus vieux marron de l'île et sa parole était toujours écouté, même par les plus récalcitrants. Avec le temps beaucoup de Marrons se tournèrent vers Pitré , considéré comme un grand sage dans la société du marronnage. Beaucoup d'hommes se mirent à son service et il fût couronné roi, Pitré était à la tête de 1000 hommes , il était le Roi avec le plus de marrons sous ses ordres . Il prit pour bras droit un jeune Roi marron originaire du Mozambique , Chef Baal , qui était à la tête de 500 hommes et dont le royaume était situé à Cilaos. Au milieu du XVIII éme siècle , le vieil homme , voyant le nombre de marrons augmenter d'année en année et se regrouper sous la férule de différents rois, il senti l'opportunité qui s'offrait à lui. Il alla s'adresser personnellement aux deux plus anciens après lui , le Roi marron Tsymandevo ou Cimendef qui siégeait à la montagne Dorère , qui avait en tout 100 hommes sous ses ordres. Le Roi marron Anchaing qui lui avait aussi une centaine d'hommes sous ses ordres et qui siégeait à Piton rivière du mat et aux 3 bras. Pitré conclut une alliance avec eux qu'il nomma conseil des Rois. Il y intégra son jeune protégé , Chef Baal comme roi marron indépendant et comme son conseiller directe. Il trouva le Roi marron sorcier Mafati, qui siégeait à la Rivière des galets, qu'il persuada de se joindre au conseil. Grâce à Mafati il accèda au redouté Sakalav Samson , ce roi siégeait à l'îlet les lataniers. Par la suite vint , Laverdure qui comptait 37 hommes , Fati , Marianne , Simangavol, Matouté, et Diamparé qui siégeait à Bonnet le Prêt et qui comptait 100 hommes...

A la tête d'un conseil regroupant pour le moment 12 Rois et Reines , mais pouvant en intégrer beaucoup plus , selon le souhait et le choix de chacun. Pitré devait gérer 12 fiertés surdimensionnés de guerriers prêt à tout. Certains d'entre-eux comme Baal et Diamparé, étaient d'avis d'en finir tout de suite avec les blancs. Dans sa grande sagesse le vieux sage savait que les représailles seraient inévitable et que pour le moment , les guerriers marrons qui étaient un peu plus de 3000 à cette époque , n'avait pas la force militaire et le matériel suffisant pour résister à une attaque massive de l'armée. Le statu quo était de rigueur dans l'île , les marrons d'un côté , les colons et leurs esclaves de l'autre. Des affrontements sporadiques se produisaient régulièrement entre milices et marrons. Quelque fois l'armée était envoyée , mais étant mal équipés et ne connaissant pas le terrain , les soldats tombaient souvent dans des embuscades meurtrières. Pitré privilégiait les expéditions éclaires et donna l'ordre à tout les marrons de ne pas déclencher d'attaque massive. Décision qui ne plaisait pas forcément aux Rois impulsifs comme Baal , Diamparé ou même Phaonce, mais décision qu'ils suivirent à la lettre.

Pitré devait aussi gérer les discordes entre marrons , plus précisément entre marrons africains et malgaches. Discordes nés de la division crée par les colons dans les plantations et les usines.C'est en parti pour cela dans sa grande sagesse , qu'il choisit de mettre en avant son bras droit originaire du Mozambique en la personne de Baal. Il l'avait formé pour prendre sa place , le jeune marron avait parfois des petites discordes avec Mafati sur les questions de spiritualité notamment. Etant un africain , Baal ne croyait pas au servis malgache, mais respectait le servis Makwa venu du Mozambique. A préciser qu'aucun de ces deux services, ne comportaient de sacrifice animal à l'époque. Ce qui est étonnant c'est qu'après la mort de Pitré , Baal choisit Mafati comme grand sorcier officiel à ses côtés , lui faisant donc un grand honneur. C'est sans doute parce que Pitré déclara que chaque fêtes ou servis , africains et malgaches seraient désormais alternés et non plus en concurrences dans tout les camps marrons. Un mois pour les malgaches et un mois pour les africains ou une année pour les malgaches et une année pour les africains. Tout cela dans le but de taire les discordes entre les deux camps et consolider l'union fragile naissante entre marrons.

Ce que l'on sait moins c'est que Pitré sauva les premiers Yabs ou Yabos qui furent déportés dans les hauts par leurs pères Gro Blan , qui voulaient se débarrasser d'une progéniture gênante. Les Yabs issue du viol de la femme noire par le maître de plantation, quand ils n'étaient pas considéré comme esclaves, étaient laissés à l'abandon. Traînant dans les rues et vivants de petits larcins , le banditisme se mit à exploser dans les villes . La bourgeoisie locale voyant cela comme un danger et comme une atteinte conséquente à l'image de la colonie se décida d'envoyer tout les Yabs déshérités dans les hauts, pour y être tués par les marrons. Ces derniers tombèrent sur cette population mulâtre qui mourrait de faim sur leur territoire, les marrons comme Diamparé et Phaonce se proposèrent de les achever. Pitré interdit l'extermination des premiers Yabs , reconnaissant l'amour de ces derniers envers leurs mères noires restées dans la plantation. Il ne pouvait se résoudre à voir d'autres afro-descendants mourir pour une question de peau claire. Il ordonna qu'on leur apprenne à cultiver la terre , à élever des animaux. Choses que les Yabs n'avaient jamais appris dans les villes étant livrés à eux même.Les marrons leur apprirent donc à survivre dans les hauts et un système de partage de vivres entre les deux camps se mit naturellement en place. Après la mort de Pitré , de petites discordes se produisirent entre marrons et Yabs , ces derniers s'étant quelques peu enrichis , ne voulurent plus partager. Les guerriers marrons acceptèrent mais en retour les yabs subirent de nombreux vols et cambriolages.

Pitré siégeait au conseil sur une carapace de tortue et étant très vieux, 96 ans , il ne voulait pas que l'on puisse se rendre compte de la faiblesse de ses jambes. Sa garde personnel le transportait donc à l'intérieur de sa carapace , c'est lors de l'un de ses déplacements en montagne , que lui et toute sa garde moururent tragiquement dans un malheureux accident . Son corps fût récupéré par les marrons et la nouvelle de sa mort fît le tour du pays , même dans l'élite blanche et bourgeoise. Une ère d'incertitude s'ouvrait pour les colons , ne sachant pas ce qui se passerait dans la tête des Rois et Reines marrons , maintenant que Pitré était mort. On dit que lorsque le vieux sage mourut, une éruption impressionnante du piton de la fournaise saisi d'effroi toute la population et que la fumée du volcan se vît jusqu'à l'île Maurice voisine. Lors de la cérémonie , un homme fît son apparition , tout les marrons le regardèrent avec méfiance , mais tous avaient déjà entendu son nom , Jouan. L'un des marrons les plus audacieux de l'époque. Il se présenta comme le grand sorcier de Pitré , Baal étant le bras droit de ce dernier confirma ses dires. Jouan était venu rendre hommage au vieux sage et au Roi suprême qui avait su voir en lui , un allié de poids. Et surtout à celui qui s'amusait des frasques de Jouan, lorsqu'il cambriolait les maisons des Gro blan bourgeois, au nez et à la barbe des propriétaires.

Pitré mort , Baal eût l'intelligence de réunir de suite le conseil des rois et y intégra tout de suite un de ses alliés de poids , Phaonce l'étrangleur. Il annonça qu'il prenait la tête du conseil avec l'appui de Diamparé et de Phaonce. Avec la mort de Pitré c'était la fin de ce que les marrons appelaient , l'ère des malgaches et du statu quo. Avec l'avènement de Baal c'était le début de l'ère des africains et de la guerre ouverte...

A suivre

Baal-Laverdure
Lisez tout les ouvrages de Prosper Eve (Historien et Professeur en faculté) , Rose-May Nicole (Historienne) , Joseph Varondin (professeur) , Eugène Dayot (1810-1852) abolitionniste , écrivain et journaliste...
Le Roi suprême Pitré le premier des marrons de la Réunion !

Ces Reines marronnes se sont imposées au conseil des Rois de la Réunion !

Ces Reines marronnes se sont imposées au conseil des Rois de la Réunion !
Publié le par Laverdure
La Réunion compte énormément de femmes de caractère. L'exemple de nos grands-mères et mères , en dit long sur le courage de la femme réunionnaise. Courage qui s'est vérifié durant les périodes de crises, les plus dramatiques de notre histoire.
Quand la femme noire était déportée dans la plantation du colon , elle subissait les pires outrages, les pires sévices moraux et physiques. Séparée de son conjoint, de ses enfants, de sa famille. Loin de sa culture, de son pays d'origine, de ses racines. Elle devenait l'objet de ses propriétaires. Pour certaines leur espoir était d'être de corvée, au sein de la maison du colon. Essayer de mener une vie moins pénible, se résignant à une vie de labeur, en étant au petit soin pour ses tortionnaires. Néanmoins beaucoup de femmes, après avoir été battues et sauvagement violées, pour plusieurs d'entre-elles durant l'enfance, ne se résignèrent pas et décidèrent de prendre en main leur destin. Le traumatisme était si grand, qu'il devint un moteur essentiel dans leur lutte contre l'esclavage , se fût le cas de Marianne dit la Terrible et de Simangavol.
Au milieu du 18 ème siècle , le vieux sage et Roi Pitré , alla vers le Roi Tsymandevo, pour la création de l'alliance la plus importante de l'histoire de l'île de la Réunion. Le Conseil des Rois Marrons. Fait étonnant , dans un 18 ème siècle machiste , deux femmes de Rois imposèrent leur présence au conseil. Marianne femme de Tsymandevo et Simangavol femme de Matouté. Encore plus étonnant ces Reines dirigeaient leurs propres troupes et commandez aussi bien des hommes que des femmes.
Marianne reçu son surnom "La Terrible" , pour le nombre impressionnant de soldats et miliciens qu'elle tua. Mussard le chasseur de marron la craignait , car en combat Marianne était impitoyable et redoutable. Après avoir subit des sévices moraux et physiques, lorsqu'elle était captive entre les mains du colon. Marianne devenu Reine marronne et libre , se décida à combattre ardemment le système esclavagiste. Les colons miliciens ou soldats qui croisaient sa route , ne résistaient pas longtemps face à elle.
Simangavol était une femme de caractère et il en fallait pour vivre avec ce grand mâle musclé, marron africain de 2 mètre et doté d'un "fort caractère" qu'était Matouté (description de Mussard). Ils vivaient dans la grotte des 3 Salazes , la grotte funéraire des marrons. Imaginez-vous une seconde vivre dans un espace funéraire et vous comprendrez , le mental et la force intérieur de ces deux là. Elle était de très bon conseil et tout comme Marianne , une redoutable guerrière.
Fermez les yeux ! Et regardez cette assemblée de douze hommes et femmes . Tous combattants et parmi tout les marrons , chefs marrons, lieutenant marrons issus d'une époque où la force et la stratégie étaient essentiels pour survivre. Ces douze là avaient gagné le titre de Rois et Reines , titre qu'il fallait réellement mériter. Douze gros caractères , Douze égos à gérer , Douze forces , Douze guerriers les plus puissants de l'île de la Réunion. Et parmi eux deux femmes , nos Mères.
Vous femmes de la Réunion , vous avez en chacune de vous du Simangavol ou du Marianne ! Alors faîtes honneurs à ces deux Reines, qui vous observent, qui vous aiment , qui se sont battues pour vous. Vous n'êtes pas arrivées là par hasard!
LAVERDURE
Ces Reines marronnes se sont imposées au conseil des Rois de la Réunion !
                                                                                    
 

Le Moring et La Croche nés dans la lutte du peuple réunionnais

Le Moring et La Croche nés dans la lutte du peuple réunionnais
Publié le par Baal-Laverdure
Les paroles du Roi Marron Diamparé concernant sa dangerosité et son invincibilité, dans les "jeux de mains" , furent rapportés au grand publique des années plus tard par le journaliste abolitionniste et écrivain Eugène Dayot (1810-1852), à travers ses nombreux ouvrages sur le marronnage. La période esclavagiste , voit la levée de nombreux guerriers résistants, nés sur l'île ou arrivés dans les cales des navires négriers. Beaucoup n'acceptèrent pas leur condition d'esclave. C'est ce sentiment de refus et de fierté africaine mêlé au relief réunionnais avantageux pour les marrons, qui donna naissance à la plus grande épopée de l'histoire réunionnaise. Le marronnage avec ses Rois, ses Reines, ses Chefs, ses lieutenants, ses Caïds...

Ne souhaitant pas être une éternelle victime, l'esclave qui se rebelle doit en premier lieu apprendre à se défendre face à l'oppresseur coloniale. C'est de cette volonté première d'auto-défense qu'est né l'art du Moring . Les historiens disent que le terme Moring aurait été repris de la boxe malgache "Moraingy". A travers la traite négrière qui sévit dans l'océan Indien et à la Réunion, les déportés Sud-Est-africains (Mozambique, Madagascar, Afrique du Sud, Zimbabwé) ou Ouest-africains (principalement Angola et Congo) , ramenèrent avec eux des rites et des pratiques. Ces derniers s'adaptèrent au nouveau lieu insulaire qu'est La Réunion. Des descendants de grands guerriers Zoulou sud-africains, Bambara zimbabwéens, Makua mozambicains, Malgaches de l'île Sainte-Marie et de la Grande Terre, des guerriers malaisiens, d'Indonésie mélangèrent leurs connaissances de l'art de la guerre pour permettre l'émancipation de la population esclave sur l'île. Des grands noms de Rois et Reines marrons ont traumatisés nombres de colons , de part leur habilité au combat , Matouté dit le Rusé, Diamparé, Marianne dit La Terrible, Sakalav Samson , Phaonce dit l'étrangleur. Le Moring était officiellement interdit par le code noir, code qui se déclinait à la Réunion sous son aspect le plus dur, les lettres patentes. Tout comme pour la Capoeïra brésilienne ou le Danmyé Martiniquais , une parade fût trouvée pour contrer l'interdiction de cette pratique sur les plantations ou près des usines. Les esclaves dans leur génie prétextèrent danser, lors de la pratique de cet art ! Oui , danser ! Les propriétaires intrigués , remarquèrent en effet , qu'aucun des esclaves ne se touchaient lors de ces manifestations guerrières derrière les usines ou dans les champs, au son du roulèr. Cette danse était en réalité un entraînement régulier et le colon esclavagiste fût tourné en dérision . Après l'abolition de 1848, de grands noms de guerriers comme le célèbre moringuèr malbar Virin , continuèrent à se faire une place dans le Moring.L'art martial s'est peu à peu ouvert à d'autres communautés, pas forcément descendantes d'esclaves ou d'engagés. tout comme le maloya , la musique issue des esclaves, le Moring fût persécuté par le gouvernement coloniale, affirmant que c'était un art martial meurtrier. Malgré cela, la résistance des anciens contribua à la préservation de cet art de combat , grâce à eux des associations comme Moring angola peuvent aujourd'hui encore transmettre le savoir des guerriers marrons aux élèves réunionnais.

Le Moring est un art inspiré des traditions guerrières africaines, mais il est une lutte à la Réunion , qui est endémique à l'île même. Ce qui signifie qu'elle n'est ni originaire, ni importée d'aucune autre contrée. On dit que la croche est né au 19 éme siècle dans les quartiers pauvres ou bidonvilles réunionnais. Cette lutte traditionnelle 100% réunionnaise , serait issue des défis que se lançaient différents groupes d'adolescents ou enfants. Ces derniers dans leur âge de puberté souhaitaient s'affirmer et montrer leur force. La croche se pratiquait souvent dans l'herbe ou le sable des plages. Traditionnellement cette lutte se pratique jusqu'au sol, jusqu'à ce que l'adversaire cri "la paix" , "arrête" ou qu'il tape sur le sol. A travers ses projections spectaculaires, elle devient très vite une discipline très appréciée par le peuple mais bientôt submergée par les sports de combats venus de l'extérieur. La croche se voit décliner au courant des années 70. La lutte réunionnaise revient néanmoins en force depuis quelques années , notamment à travers le retour de son championnat organisé en 2008 et des premiers championnats de l'Océan Indien en 2012, où différents crocheurs se sont mesurés.

Nos enfants ont tout ce qu'il faut à l’intérieur d'eux-mêmes et sur leur île pour développer leur esprit de combativité. Nos anciens nous ont laissé des portes de sortis et de nouvelles voies vers l'avenir. Si nous continuons à snober , à rejeter ce qui est en nous , alors l'extérieur mangera et rongera l'intérieur , laissant un vide et une insatisfaction permanente en chacun d'entre-nous !

Baal-Laverdure

Dédicacé au malbar Virin et au cafre Sans Nom !
Images d'époque , datant du début du 20 éme siècle .
Images d'époque , datant du début du 20 éme siècle .

BAAL le successeur du roi marron Pitré

Baal le Mozambicain, sucesseur du Roi marron Pitré, l'ère africaine et guerre ouverte contre les colons français !
Publié le par Laverdure
1748 , Pitré le vieux sage parmi les marrons vient de rendre l'âme à 96 ans (bel âge) . Toute sa vie, le vieux malgache s'est attelé à gérer, ce qu'Eugène Dayot (1810-1852) décrit dans son ouvrage Bourbon Pittoresque comme l'empire des marrons. Pitré s'est aussi chargé de former un jeune Roi marron énergique et impulsif originaire du Mozambique dans le but de reprendre l'empire , Chef Baal !
Baal convoqua le conseil à la mort de Pitré et s'empara de l'autorité militaire et judiciaire de l'empire et du conseil des Rois , la réunion se déroula à Cilaos ou Tsilaosa (l'endroit d'où on ne revient pas) .Il intègre Phaonce L'étrangleur comme nouveau Roi et fidèle allié siégeant au conseil, Il proclame Cilaos son royaume capitale de l'empire marron. Il institue des lois sévères contre la désertion et la trahison, respecte la liberté religieuse de chacun , mais garde à cœur son Servis Makua (du nom de sa tribu Makua) venu du Mozambique. Baal fût surnommé le Grand Roi de l'intérieur, il se déplace sur un bouc, le symbole de la virilité chez les africains de la Réunion. Il faisait régner sur ses hommes et sur tout l'empire marron une discipline de fer. Pour inaugurer son avènement en 1748 , il fait une expédition punitive contre les colons de Saint-Leu et déclare ainsi la guerre ouverte à tout les blancs. Touchard le chasseur de marron décrit encore tremblant la scène, lors d'un dîner chez Mussard : "Baal à la tête de 280 hommes , a fait une descente à St Leu, il y a quelques jours, a pillé, assassiné, incendié, et forcé les colons de s'embarquer en toute hâte dans leurs pirogues." Diamparé Roi marron originaire du Mozambique et Pyram son Lieutenant, tout à fait en accord avec leur nouveau chef , s'empressèrent de faire de même à la Possession. Mussard le chasseur de marron, décrit Baal comme très dangereux : "Baal a paraît-il, une meute de 30 chiens qu'il dresse à dévorer les blancs en leur jetant en pâture, après les avoir affamés , les cadavres des détachements de miliciens ou de soldats qui tombent sous ses coups."
Le Roi Diamparé est le bras droit que le Roi suprême Baal a choisi , les colons le décrivent comme féroce , Mussard prétend qu'il est insaisissable. La guerre ouverte étant officiellement déclarée, Diamparé et son fidèle lieutenant Pyram descend avec ses hommes sur l'habitation du vieux colon Schmit. Ils le tuent, lui coupent les mains,lui coupent les oreilles, font main basse sur tout ce qu'il possédait et le crucifie au milieu de sa porte en clouant ses deux poignets aux montants...
Mussard dit à sa femme Marie : "Si nous nous endormions aujourd'hui, demain nous serions égorgés, jusqu'au dernier..." La terreur était telle chez les colons , que personne n'osait dormir pleinement, beaucoup se relayaient pour monter la garde.
Il y en a un cependant parmi les marrons , à qui la politique de Baal ne lui plaisait pas. Le Roi marron, Grand Sorcier de la Rivière des Galets, Mafati. Le malgache avait une apparence à faire pâlir n'importe quels colons et pour cause , le sorcier avait à ses deux oreilles des anneaux formés d'os de plusieurs cadavres de blancs , tués par les marrons dans les montagnes. A son cou , un collier composé de gros grains rouges et noirs , auxquels se trouvaient attachés une quinzaine de doigts décharnés , qu'il avait pris sur les cadavres. De nature prudent et habile , le Grand Sorcier était clairement défavorable à la politique de la guerre ouverte contre les blancs. Il était du même avis que le défunt Pitré. Pour lui il fallait se mettre à l'abri, défricher les terres, planter, cultiver et continuer à élever des cabris pour la fabrication de leurs propres habits.Vivre en toute tranquillité. Arrêter les pillages , les assassinats, les expéditions punitives, les incendies. Il n'hésitait pas à se faire entendre, notamment aux réunions du Conseil des Rois, ce qui avait le don d'agacer Diamparé et de créer de multiples disputes et autres menaces entre les protagonistes,ce qui amusait Baal. Diamparé était d'un caractère ardent dans la vengeance et il adorait se battre, faire des expéditions punitives. Il savait qu'après Baal , il deviendrait le nouveau Roi suprême du Conseil. Il voulait se débarrasser au plus vite de la menace blanche sur l'île, pour ne pas avoir à composer avec elle, pour cela il soutenait Baal à 100% dans son action d'éradication.
Pour se renseigner régulièrement sur ce qui se passait durant la semaine dans son empire, Baal pouvait compter sur son fidèle messager officiel , le Roi Fati. Les marrons le surnommait le Roi des nuages, son royaume était établi au Piton des Neiges, imbattable en course à pied, il faisait le tour des 3 cirques en même pas une journée. Il prenait les nouvelles de chaque camps , chaque royaumes et en référait de suite à Baal , à la fin de la semaine s'il n'y avait pas d'urgence, immédiatement dans le cas inverse. Fati était chargé de porter les messages du Roi suprême à tout les Rois et chefs marrons. Cependant celui qui prévenait tout les siens du danger d'une attaque imminente du haut de sa montagne sacrée , c'était le vieux sage malgache Anchaing, contemporain du vieux Pitré. Le piton Anchaing était l'observatoire des marrons , il envoyait immédiatement les signaux aux rois dont les royaumes étaient visibles de l'observatoire, dès qu'il voyait pointer au loin les milices blanches. Tsymandevo , Baal, Phaonce, Diamparé, Fati, Marianne pouvaient fondre de suite sur leurs proies avec la stratégie adaptée.
A suivre...
Baal-Laverdure
Source : Eugène Dayot (1810-1852) - Bourbon Pittoresque ; Prosper Eve (historien) - Le bruit du silence , parole d'esclave du 17ème siècle au 20 décembre 1848
Baal le Mozambicain, sucesseur du Roi marron Pitré, l'ère africaine et guerre ouverte contre les colons français !